Apprendre à coder seul : mon parcours autodidacte en développement web
Il y a une chose que les tutoriels ne t'apprennent pas. Pas les cours en ligne, pas les bootcamps, pas les documentations. C'est le moment où tout bascule ; ce que certains appellent l'éveil. Je sais que ça sonne exagéré. Les animés en ont fait quelque chose de spectaculaire, presque mystique. Mais c'est réel. Et ça change tout.
Mars 2022. Je décide d'apprendre à coder.
Je venais de la finance. Des années à lire des bilans, analyser des flux, comprendre des systèmes complexes. J'aimais ça ; mais quelque chose manquait. J'analysais ce que d'autres avaient construit. Je voulais construire moi-même.
Alors j'ai fait ce que j'avais toujours fait en finance : j'ai ouvert des livres. J'ai bûché la théorie. Variables, fonctions, structures de données, paradigmes. Des semaines à lire, à prendre des notes, à comprendre les concepts avant de toucher une ligne de code.
C'était la mauvaise approche. Et j'ai mis du temps à le comprendre.
La finance et le code ne s'apprennent pas de la même façon.
En finance, la théorie précède la pratique. Tu comprends le mécanisme avant de l'appliquer. Un taux d'actualisation, une structure de capital, un ratio d'endettement ; tu peux les apprendre dans un manuel et les utiliser correctement ensuite.
Le code, c'est l'inverse. La théorie sans la pratique ne rentre pas. Elle glisse. Tu lis, tu comprends sur le moment, et deux jours après c'est flou. Parce que le code s'apprend dans les mains, pas dans la tête.
Je m'en suis rendu compte tard ; après trop de semaines passées à lire sans construire.
Puis est venu le premier vrai projet.
Un site avec un système d'authentification et une gestion de données. Rien d'extraordinaire sur le papier. Inscription, connexion, CRUD complet en PHP avec Symfony. Mais c'était le premier projet que je construisais de A à Z, en comprenant chaque ligne.
Et là, quelque chose s'est passé.
Pas une explosion. Pas un éclair. Plutôt une clarté progressive ; comme quand une image floue fait soudainement la mise au point. Les concepts que j'avais lus pendant des semaines se sont mis en place. Pas parce que je les avais relus. Parce que je les avais utilisés.
C'est ça, l'éveil. Ce n'est pas dramatique. C'est juste le moment où tu réalises que tu n'as plus peur. Plus peur d'un nouveau langage, d'une techno inconnue, d'une erreur que tu ne comprends pas encore. Tu sais que tu peux trouver. Tu as l'esprit de la programmation ; et une fois qu'il est là, il ne repart pas.
Ce que je referais différemment.
Je commencerais par construire. Dès le premier jour.
Pas ignorer la théorie ; elle est nécessaire. Mais la consommer en réponse à un problème concret, pas en préparation abstraite. Tu bloques sur l'authentification ? Là tu lis sur les sessions et les tokens. Tu ne comprends pas pourquoi ta requête SQL est lente ? Là tu lis sur les index.
La théorie apprise pour résoudre un vrai problème s'ancre différemment. Elle reste.
Les ressources qui m'ont lancé.
Je ne prétends pas avoir une liste exhaustive ; une partie de l'apprentissage s'est faite en lisant directement les docs officielles. Mais voici ce qui m'a vraiment aidé au départ.
- Grafikart : PHP, Symfony, React. La chaîne la plus complète en français pour apprendre le développement web sérieusement.
- MDN Web Docs : La référence pour HTML, CSS et les fondamentaux du web. Pas de raccourcis, juste la source.
- OpenClassrooms : JavaScript, POO, API, Python, Symfony, bases de données. Utile pour structurer l'apprentissage au début.
- Roadmap.sh : Pour savoir quoi apprendre ensuite. Quand tu es autodidacte, ne pas savoir où tu en es est le vrai danger.
Après l'éveil, une seule règle : lire la doc officielle du langage ou de la techno, puis tester. C'est tout.
Trois ans plus tard.
Des dizaines de sites livrés : vitrines, catalogues, e-commerce, blogs. Des clients, des deadlines, des problèmes que je n'avais jamais rencontrés ; et que j'ai résolus quand même. Chaque projet a ajouté une couche.
En 2024, le niveau a changé. De vraies applications. De la logique métier complexe. De la fintech. Et aujourd'hui, ComptaOpen ; une plateforme pour les professionnels de la gestion d'entreprise en Afrique de l'Ouest.
Comment je vois la suite.
Je ne cherche pas juste à écrire du bon code. Je veux construire des choses qui comptent ; des logiciels qui répondent à des vrais besoins, dans des contextes que la plupart des builders occidentaux ne voient même pas.
Ma sous-région a un retard d'outillage. Ce n'est pas un handicap ; c'est un terrain. Et je veux en faire quelque chose de concret, d'utile, d'ouvert.
Être indie hacker pour moi, ce n'est pas romanesque. C'est une posture : ne pas attendre qu'on te confie un problème. Le trouver, le comprendre, le résoudre. S'adapter quand les contraintes changent. Recommencer.
L'impact que je vise commence ici, en Afrique de l'Ouest. Mais les bons logiciels n'ont pas de frontières ; et je n'en ai pas non plus.